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Vendredi 7 octobre 2011 5 07 /10 /Oct /2011 13:05

Je trouve le métissage d'une grande richesse.

Je regarde mes photos de mariage et je trouve ce mélange de couleurs... parfait. Ce mariage, nous l'avons organisé à notre image et dans le respect des coutumes de chacun. Il y avait du planteur fait maison par mon père (donc savamment dosé en rhum agricole, hic !), il y avait des spécialités normandes et de la déco qui rappelait les origines maternelles de Monsieur Nanou, la belle ville d'Oran, de l'autre côté de la Méditerranée.

 

Pourtant, je me pose aujourd'hui la question de ce que veut dire le métissage. J'ai grandi en Ile de France mais baigné dans la culture antillaise depuis l'enfance. Quand j'ai eu deux ans, nous sommes partis en vacances en Guadeloupe et en revenant, je parlais le créole. Je le comprends toujours et le parle parfaitement, bien qu'aujourd'hui, j'ai peu d'occasion de le faire. Contrairement à d'autres langues, les mots me viennent tout naturellement à la bouche, sans besoin de traduire dans ma tête. Mes origines se ressentent jusque dans ma cuisine où il m'a fallu un réel effort pour m'adapter à mon mari et ne pas pimenter mes plats. J'ai tout de même habitué son palais aux saveurs inédites du colombo et des accras... légèrement pimentés !

Le Haricot, s'il comprend un peu le créole, pour avoir été longtemps gardé par mon père, ne s'y intéresse pas trop. La Guadeloupe pour lui, c'est le lieu de vacances ensoleillé, la mer turquoise mais pour le moment rien de plus. Je sais que mon père souhaiterait que perdure nos traditions familiales, que je continue à faire vivre les vieilles recettes de ma grand-mère. Il s'applique à expliquer au Haricot d'où viennent toutes les traditions et musiques qui lui sont chères : le gwo ka, la biguine, le Chanté Nwel (les chants de Noël antillais), le tissu madras et la signification des "pointes" sur les coiffes*...

Je repense à ma belle-mère, algérienne, me disant à quel point elle était triste que ses deux garçons ne s'intéressent pas plus que ça à leurs origines maghrébine. Elle a grandi dans cette si jolie ville d'Oran, a parlé arabe toute son enfance et cuisine parfois pour nous son fabuleux "boulek" et des gâteaux au miel à haute teneur en calorie.

A l'époque où elle est devenue mère, elle s'était sauvée d'une éducation trop stricte. Elle n'a alors pas ressenti le besoin d'apprendre à ses fils cette langue si chère à son coeur, qu'elle a souhaité oublié un temps.

 

Oran - Wahran

Surnommée "El bahia" (la radieuse)

 

Le métissage... Le Haricot est donc antillais, un peu italien et ch'ti ! La Fève est antillaise, normande, algérienne.Mes enfants ne seront pas bilingues, mais j'ai envie qu'ils sachent d'où ils viennent. Que mon fils sache que son arrière-arrière grand-mère était une italienne prénommée Rosa. Que ma fille sache que son arrière-grand-père (toujours en vie) est un "hadj", qui a fait le pélerinage à la Mecque, tandis que ma grand-mère Sissi faisait le catéchisme aux enfants de la paroisse de Deshaies, en Guadeloupe.

 

 

Cet été, j'ai fait la connaissance de Sidi (ce n'est pas son nom, mais tout le monde l'appelle ainsi), le grand-père de Monsieur Nanou. Il n'a plus toute sa tête, mais a parfois des instants de lucidité. Il nous a accueilli d'un : "Sabah el-kher !" (matin de bonté - bonjour), m'a servi le thé et m'a demandé si mon Ramadan s'était bien passé. Le tout, en arabe. Et j'ai un peu compris, grâce à mes copines d'enfance qui m'ont appris un peu d'arabe.

Sidi ne m'a pas dit que ma fille était belle, pour ne pas lui porter le mauvais oeil, mais quand je l'ai mise dans ses bras (malgré les mises en garde de tout le monde), il l'a embrassée sur le front en murmurant "Bismillah". Nous avions tous les larmes aux yeux...

 

J'ai décidé de recueillir les récits de nos familles, sur leurs enfances en Guadeloupe, en Algérie, en Normandie. Je ne veux pas que mes enfants n'ai de métisse que leur couleur ou leurs yeux. Je veux qu'ils sachent d'où ils viennent.

 

Maa salama... (va sans crainte, soit "au revoir" en arabe)

Tchimbé raid' pa moli ! (tiens bon ou littéralement "tiens droit, ne mollis pas")

Bon week-end.

 

* En photo, une coiffe à trois pointes

1 pointe signifiait "coeur à prendre"

2 pointes "déjà prise... mais la chance peut sourire aux audacieux !)

3 pointes "mariée et heureuse, passée votre chemin !)

4 pointes "femme d'âge mure, dont le coeur est encore jeune et peut accueillir d'autres amants"

 

Aujourd'hui, ces coiffes traditionnelles sont portées pour les fêtes de village et le carnaval (en janvier-février)

Publié dans : United Colors of Nanette
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Commentaires

Il est important que les enfants connaissent chaque branche de leur famille et apprennent à connaître les racines qui sont les leurs...
Pour Grande-Miss, elle connaît l'histoire de ses grands-parents paternels, son père l'a déjà emmenée à Dakar... et peut-être un jour aura-t'elle envie de découvrir le Cap-Vert, l'île où ses grands-parents ont grandi... En tout cas je l'espère...
Commentaire n°1 posté par Val1603 le 07/10/2011 à 13h29
Nanette, c'est beau quand tu parles !

Pour moi l'histoire de la famille est très importante, ma grand mère est d'origine Portugaise mais malheureusement l'immigration fait parfois oublier ses origines... Du coup de ce métissage je n'ai eu que les cheveux frisés et encore qui se défrise avec les années (ouf). J'aurais aimé parler la langue. Le reste de mon sang il est breton et le jour où on retournera s'installer là-bas (si si ça arrivera), j'aimerais apprendre à parler breton, comme mon grand-père, j'aimerais aussi que mes enfants le parlent.

Quant au bilinguisme, alala vaste sujet, je pense et parle en anglais autant qu'en français, ce n'est pas ma culture mais c'est une partie de mon passé, du coup cela me parait complètement naturel de vouloir éduquer mes enfants dans les deux langues. Enfin pour l'instant on fait pas grand chose sur le sujet vu qu'on part bientôt en pays anglophone mais quand on reviendra je pense qu'à la maison je ne parlerai plus qu'anglais.
Commentaire n°2 posté par perlipo le 07/10/2011 à 13h31

Tiens, j'ai écouté à la radio une émission sur les écoles en breton. Et depuis des années, on peut passer le bac avec une option breton (et même une option créole mais pas dans toutes les académies évidemment).

J'aurais adoré être bilingue anglais :-D Mais déjà je sais dire I love sewing, c'est bien non ?

Réponse de Nanette le 07/10/2011 à 13h52
T'es en train de devenir accro à la couture ! Ta machine n'a donc plus de secret pour toi !
Pour les écoles Diwan y en a un peu partout en Bretagne, par contre avec Callixte on sera un peu grand pour y aller ! (oui mr n'est pas breton mais aimerait apprendre aussi)
Bon et puis tu m'envoies des photos de ce que tu fais dis ?
Commentaire n°3 posté par perlipo le 07/10/2011 à 13h57
Je me reconnais un peu dans ton billet, c'est amusant, j'ai traité à peu près le même type de sujet sur mon blog cette semaine. Mon fils est métissé franco-vietnamien, et depuis le début de ma grossesse je me suis (re)penchée sur les origines de ma culture, les comptines, les traditions. Je comprends le vietnamien oral, mais ne ressens pas encore ce besoin de voir mon fils bilingue, même si cela me ferait plaisir. Vive le métissage qui a mes yeux est une force :)
Commentaire n°4 posté par Dreiss le 07/10/2011 à 14h21

Oui, une très grande force !

Réponse de Nanette le 11/10/2011 à 12h12
Je ne savais pas que Monsieur Nanou a des origines maghrebines.
On essaie de bien mélanger toutes les cultures avec nos doudoux.
Commentaire n°5 posté par MissBrownie le 07/10/2011 à 14h34

Oui, sa maman est algérienne, d'Oran. Ils sont deux frères, mon mari est très blanc, rougit facilement etc, et son frère 5 ans plus jeune est typé, un beau brun à la peau assez mate. J'aimerais bien y aller un jour, mais pour le moment c'est délicat :-s

Réponse de Nanette le 07/10/2011 à 15h00
C'est très beau ce que tu écris, tes enfants ont de la chance de venir de partout, et même si ça ne les intéresse pas vraiment maintenant, en grandissant ça les "chatouillera" surement.
Le père de mon bonhomme était pied-noir et enceinte, je rêvais très souvent qu'on vivait à Alger...
Commentaire n°6 posté par sophie le 07/10/2011 à 14h50
C'est un chouette billet !!
Commentaire n°7 posté par Béatrice le 07/10/2011 à 18h56
Un billet qui me touche fort.
Et aussi qui fait remonter mes "bouboules" que mes gnomes ne soient pas bilingues avec un papa espagnol !!! J'ai cessé de "lutter" ...
Commentaire n°8 posté par Poulette Dodue le 07/10/2011 à 20h37

Je te comprends. Mais il faut dire que c'est pas facile. L'un des deux parents doit forcément parler une des deux langues tout le temps...

Réponse de Nanette le 11/10/2011 à 12h09
J'adore quand tu parles de tout ça. Et cette photo d'Oran est vraiment magnifique, elle dégage quelque chose de spéciale.
Commentaire n°9 posté par Aud' le 09/10/2011 à 17h08

C'est une ville magnifique, j'aimerais bien y aller un jour.

Réponse de Nanette le 11/10/2011 à 12h14
Le métissage est une grande force pour le couple que nous formons Chéri d'Amour et moi, même si ça en étonne plus d'un ! Un musulman et une agnostique peuvent parfaitement cohabiter, s'aimer et faire un magnifique bébé, élevé dans le respect des traditions de chacun. Le maître mot chez nous c'est concession :)On fait chacun un pas vers l'autre et les différences semblent moins grandes ; ça devient même une richesse ! Notre fille Bilkis n'a que 7 mois (à peine quelques jours de plus que ta jolie fève de cacao d'après ce que j'ai vu !), l'heure n'est pas encore au bilinguisme mais c'est quelque chose qui nous tient à coeur. Et à la famille du Maroc également :)
Commentaire n°10 posté par La Maman de Bilkis le 03/11/2011 à 22h23

Quelle belle histoire et quel joli prénom ! Des concessions, le maître-mot et beaucoup de tolérance et de respect des coutumes. Merci pour ton témoignage !

Réponse de Nanette le 04/11/2011 à 08h49
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